dimanche 10 juillet 2011

Dans l'Intimité des Frères Caillebotte, Musée Jacquemart-André


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Soit... j'avoue que je n'aime pas beaucoup le principe, d'ordinaire je préfère aller vadrouiller du côté d'un musée et ensuite accéder à l'exposition en question.
L'avantage est que cela permet d'éviter la file d'attente. Encore heureux pour le prix qu'on nous fait payer, vraiment élevé malgré mon statut d'étudiante.

Il faut cependant avouer que le Musée Jacquemart-André est un magnifique endroit aux allures de grande maison Haussmanienne, situé, comme il se doit, dans les beaux quartiers de Paris. Moulures, hauts plafonds, dorures, oeuvres d'art et petit jardin agrémentent la collection permanente. En revanche, ô rage! ô désespoir, je manque de défaillir en apercevant la queue devant l'entrée de l'expo. Trop de monde réuni dans un si petit espace (un des inconvénients majeurs des expos temporaires du musée) me démontre qu'il faut à tout prix arrêter d'aller voir des expositions pendant leurs derniers jours.

"Dans l'intimité des frères Caillebotte" retrace le parcours des deux frères, l'un peintre, l'un photographe, pour mettre en lumière comment, au milieu du 19 ème siècle, ces deux arts se répondent. Je ne pouvais rater cette exposition, étant férue des relations entre différentes formes d'art.

On nous présente donc les photographies de Martial qui possèdent ce doux grain des vieux clichés -entre sépia et noir et blanc, à une époque où jouer sur les flous et les espaces reste expérimental- et les toiles de Gustave, qui alternent entre réalisme et impressionnisme. L'exposition s'organise en plusieurs thèmes, successivement: la ville, les scènes d'intérieur et portraits, la campagne et le jardin, les paysages modernes et industriels et les paysages fluviaux. Si quelques photographies m'ont laissée franchement dubitative, comme celles qui représentent la constructions de bateaux fidèle à la passion des frères pour le yatching, j'ai adoré les toiles d'intérieur où la touche de Gustave se fait plus sombre.
En effet, alors que ce dernier utilise des couleurs dans les tons pastels pour dépeindre la vie urbaine -ce qui, à mon avis ne convient pas trop au thème- les clichés de la ville pris par Martial contrastent les sombres silhouettes des flâneurs en chapeaux hauts de forme sur un brouillard d'immeubles récents.
La dextérité de Gustave se traduit plus dans ses perspectives innovatrices et ses originaux points de vue: ainsi, on nous présente la ville d'en haut, depuis un immeuble, avec un effet de profondeur accentué par le regard d'un personnage anonyme qui reproduit la perception du spectateur. J'ai aussi beaucoup apprécié les paysages fluviaux, pour lesquels la touche claire du peintre semble bien plus appropriée.

Pourtant il faut avouer que le manque d'espace, le monde, les touristes qui hurlent presque en observant les toiles ou même adoptent des discussions de café gare m'ont vraiment gênée. Malheureusement, je suis de celles qui aime contempler les oeuvres au calme, afin de pouvoir me laisser happer par le tableau.
Je n'ai pas non plus compris l'organisation des salles, dénuée de toute logique, si ce n'est chronologique. Pourquoi séparer les thèmes ruraux par les paysages industriels? Pourquoi placer les scènes d'intérieur après les oeuvres représentant la ville?
En outre, le défaut principal de l'expo tient à sa scénographie. On nous vend un dialogue entre photo et peinture, alors que ces deux arts sont présentés de manière totalement distincte, malgré les trop nombreuses affinités entre les oeuvres des deux frères qui semblent avoir collaboré toute leur vie. Je m'étais imaginée des comparaisons entre, par exemple, un cliché et une toile, et dieu sait si ce genre de comparaisons était possible! PLus d'une fois, les toiles de Gustave répondent aux photos de Martial, et vice-versa. Parfois, on a même l'impression que c'est le même sujet qui est représenté sous deux techniques visuelles différentes. Voici une mise en scène qui était riche de discussions!
Vous serez donc bien plus heureux avec le catalogue, car cette expo reste assez chère pour ce qu'elle est.
Qu'on se le dise!

jeudi 7 juillet 2011

Raison et Sentiments, Jane Austen

Le titre même oppose en une expression ressemblant à une maxime les deux héroïnes du roman. d'un côté, il y a la sage Elinor, l'aînée bien sûr, celle qui est responsable, réfléchie et cache constamment ses émotions. De l'autre, l'exaltée Marianne recherche la passion, l'excès, à l'instar des personnages de ses auteurs favoris: Shakespeare et Scott entre autres.
'Raison et Sentiments' conte l'histoire des deux soeurs, de leur mère et de la benjamine Margaret, forcées à vivre dans un modeste cottage parce que le demi-frère des héroïnes, sous l'influence de sa femme, manque à la promesse tenue au défunt père, selon laquelle il devait aider ces femmes dans le besoin.

Une fois de plus, Austen prend le parti face à la triste condition féminine de la fin du 17ème siècle. Avec force détails et son irrésistible ironie, l'auteur dévoile la vulgarité de personnages campagnards tels que Mrs Jennings, Sir John et Lucy Steele. Marianne se révolte justement contre les conventions sociales, les hypocrites et futiles formules de politesse et les convenances. Et, pendant qu'Elinor accepte docilement son destin en souffrant les confidences de l'insupportable Lucy Steele, fiancée à l'homme qu'elle aime, Edward Ferrars, Marianne affiche clairement sa passion pour ce rake qu'est Willoughby. Ils professent leur amour, arpentant ainsi les pittoresques paysages du Devonshire, magnifiquement décrits par la plume Austinienne, brisant ainsi le coeur du séduisant colonel Brandon, qui n'est pas sans rappeler Mr Darcy.
Dès lors, comment ne pas préférer la vibrante Marianne à sa cynique soeur? La sensibilité artistique se traduit notamment par sa pratique de la musique. Marianne critique le manque de passion de Edward Ferrars, et elle le fait bien! Marianne est une héroïne tragique qui frôle la mort, mais j'ai tout de même apprécié les piques de Elinor.

Cela dit, 'Raison et Sentiments' reste moins subtil que 'Orgueil et Préjugés' et reste assez caricatural. C'est le premier roman de Jane Austen, et cela se sent. Le roman comporte plusieurs longueurs et quelques défauts d'intrigue.

Le potentiel pictural de 'Raison et Sentiments' a été adapté à l'écran en 1995 et en 2008, successivement par Ang Lee et Andrew Davies. Le succès de la version de Lee tient à l'interprétation parfaite de Kate Winslet en Marianne. Les personnages masculins sont aussi plus saillants que dans le roman, surtout Alan Rickman en Brandon (miam!). Willoughby est aussi sexy à souhaits. En revanche, la performance de Emma Thompson en Elinor et l'interprétation de Lee restent très académiques, sur fond de décors extérieurs qui ressemblent à du carton-pâte.
La version de Davies est plus originale, visuellement plus soignée, plus sensuelle aussi, mais les héros masculins manquent de caractère. Marianne est excellente, et l'actrice incarnant Elinor est beaucoup plus crédible que Emma Thompson.
A vous de choisir!