dimanche 28 mars 2010

'Speak Memory', de Vladimir Nabokov


"Speak Memory" n'est peut être pas l'autobiographie la plus fidèle que j'ai lue, mais c'est de loin la plus belle. Evidemment, l'auteur de "Lolita" joue avec les conventions, et il faut s'attendre à tout sauf à un classique du genre, bref, à ce qu'on espère normalement trouver dans un récit de mémoires.
Nabokov dépeint avec force détails sa jeunesse, depuis les circonstances de sa naissance jusqu'à la construction de sa vie d'adulte avec sa femme et son fils. A travers ce flot de souvenirs, le but de Vlad, dont l'écriture est toujours si propice à la mélancolie, est d'établir la genèse qui l'a poussé à devenir écrivain.

L'importance de l'enfance est omniprésente. Si vous avez eu, comme moi, le choc émotionnel requis à la lecture de "Ada ou l'Ardeur", vous comprendrez que l'enfance de Vlad se situe en Ardis, dans une Russie fantasmée, idyllique, aux abords de St-Pétersbourg. Et Nabokov, à l'instar de Van, Ada et Lucette, fait partie de ces enfants prodigieux nés sous le signe du Don. On trouve alors des moments de grâce enfouis sous cette combinaison fluide et habile de métaphores: le petit Vlad découvrant les mots qu'il associe aux couleurs, la délicatesse de petite fille qui caractérise sa mère (magnifique moment où elle feint l'admiration lorsque ses enfants ouvrent leurs cadeaux de Noël), la passion naissante de l'auteur pour les papillons, ses premiers amours à Biarritz...
Chez Nabokov, tout est changement, désir, et les figures de style remarquables se distinguent par ce ton à la fois désinvolte et éloquent. Tout est sublimé, et même s'il est parfois difficile de suivre l'auteur aux confins des périgrinations de sa mémoire, j'ai aimé le regard ironique ou délicat qu'il porte sur ses proches: le père sur le point de se battre en duel avec Pouchkine, les nombreux tuteurs naviguant entre trois langues (anglais, russe, français)...

Ce qui est surtout admirable, c'est la façon dont l'oeuvre s'étend sur l'enfance pour, à la deuxième moitié, précipiter le lecteur vers la vie d'immigré suivant la Révolution de Mars et s'achever telle une esquisse sur les études de Nabokov et sa vie de famille. Un peu comme dans "Ada", en fait, l'enfance se situe hors du temps, dans cette Anti-Terra qui n'est autre que notre monde perçu à travers les sensations et les rêves.
Le livre, dédié à sa muse et épouse Véra, ressemble à un présent dans lequel l'auteur se livre. J'apprécie tout particulièrement le ton confidentiel qu'il adopte dans cette oeuvre dans laquelle il s'adresse à la deuxième personne du singulier créee non pas pour le lecteur mais pour sa chère et tendre elle-même.
Comme de coutume, il joue à cache-cache avec le lecteur, et celui ci ne sait jamais vraiment distinguer le fait de la fiction mais peut-être qu'au fond, c'est cela, le mécanisme même de la mémoire et de la re-création des souvenirs...



lundi 22 mars 2010

'My Old, Familiar Friend' Brendan Benson


Il en est de ces albums qui ne se savourent véritablement qu' à la cinquième ou sixième écoute. Pas ceux pour lesquels vous avez un coup de coeur immédiat, mais plutôt ceux qu'on apprend à savourer tel un plat épicé qui recèle d'arômes inconnus. J'apprécie tout particulièrement ce sentiment: on écoute le CD en boucle, puis tout d'un coup, arrêt sur image et on se dit "mais minute papillon, ces chansons sont vraiment géniales, elles me font vibrer".

C'est le cas avec "My Old, Familiar Friend" de Brendan Benson. Pour ceux qui ne le savent pas, Brendan est le poteau qui accompagne Jack White à la guitare sur les Raconteurs. J'ai découvert cet artiste à peu près au moment où les Raconteurs commençaient à se faire connaître, lorsque un ami m'offrit "The Alternative to Love" pour mon anniversaire. Cet album m'avait fait presque le même effet, je l'avais apprécié graduellement, et puis tout d'un coup, un jour je me suis mise à écouter avec attention les paroles de "What I'm Looking For" qui m'avaient toute retournée.

Sur son quatrième album, Mr Benson ouvre le bal très fort, dans une symphonie de guitares et de caisses claires, comme sur le début de "The Alternative to Love" avec "Spit it OUt". "A Whole Lot Better" donne donc le ton: envolées sauvages et paroles douces-amères sont au goût du jour.
Puis, on s'évade vers des mélodies pop-rock teintées de violons, le tout enrobé dans un rythme toujours entraînant. En ce sens, "Eyes on The Horizon" nous emmène dans une croisière plutôt remuante, et "Garbage Day" constitue une belles pépite et en ce début d'album. "Take you Home" représente la consécration. POur les petits chanceux qui ont pu voir Brendan en février dernier au Nouveau Casino, je peux vous assurer que sur scène, cette chanson qui signa la fin du concert fut tout simplement sublime.

Il y a chez Brendan une véritable oscillation entre la force de ses chansons électriques ("Poised and Ready", "Don't Wanna Talk about it"), et les mélopées nostalgiques qu'on trouve sur "You Make a Fool out of Me" et parfois ces deux tendances sont réunies: "Misery". En réalité, l'album entier est fluide, l'ordre des chansons savamment choisi, et il s'achève sur le tumultueux "Borrow", suivi de deux pistes cachées, "New Words of Wisdom", troublante d'émotion, et "I'll Never Tell " peut-être la chanson la plus sombre de l'album.
Nulle chanson violente et enflammée comme on peut en trouver chez les Raconteurs, ni de chansons dégoulinantes à force de pianos et de voix chevrotantes.

Je crois que ce qui fait la force harmonique de Brendan, c'est ce subtil amalgame de claviers et de guitares. Et puis faut savoir que c'est lui qui compose tout, comme un grand: batterie, guitare, basse, paroles...
Les critiques que j'ai lues ont beau répéter qu'il ne fait "rien de révolutionnaire", que c'est de la pop somme toute assez banale, mais je ne suis pas d'accord. Il y a chez Brendan un je-ne-sais-quoi qui fait qu'il appuie sur la corde sensible, là où ça fait mal ou là où vous esquissez un sourire, pour vous rendre compte d'une chose: Mr Benson est juste. OUi, "juste" c'est, je crois, le mot qui décrirait le mieux sa musique. Il est dans le vrai, dans la nuance et la subtilité. Lorsque vous écoutez "What I'm Looking For", vous vous dites: "voilà, c'est tout à fait ça, il exprime exactement ce que je ressens, là, maintenant, sur le moment".
Et puis il faut dire qu'il a le don de magnifier des paroles qui sembleraient ridicules dans la bouche du chanteur de brit pop lambda.

Comme l'indique le titre, "My Old, Familiar Friend" s'apparente à un ami qui nous prend la main pour nous écouter, nous expliquer certaines choses de la vie, c'est pourquoi un sentiment de proximité avec Brendan m'envahit lorsque je l'écoute.
Cet album, encore meilleur que le précédent que je trouve déjà bon, marque, je crois, une sorte de tournant dans l'écriture musicale de Brendan.

Et donc, Mr Benson, je voulais vous remercier pour l'émotion transmise à l'écoute de ce CD, si complet et si juste dans sa composition.

TRuly Yours, etc...



dimanche 21 mars 2010

Fashion, fanfreluches et chiffons


OUi, je vous l'accorde, on me dira que c'est fort étrange pour un premier article. Pas vraiment en phase avec mes idéaux et mes passions (quoique, si on y réfléchit bien, cela révèle mon côté chieuse), mais qu'importe, j'aime le désordonné.
Avec les beaux jours qui arrivent, les Collections Printemps qui envahissent les magasins et poussent à la consommation, je ne peux m'empêcher de disserter sur un sujet qui m'intrigue beaucoup: la Mode.



La mode a beau être une forme d'art, revendiquée par de nombreux couturiers et créateurs, elle n'en reste pas moins un art étrange, situé dans une contrée lointaine, entre le Luxe, les arts visuels et l'esprit de masse.
Le but serait avant tout esthétique, mais pas que. Il y a dans la mode, des pratiques, des vêtements, des coutumes qui me laissent profondément perplexe.
Tenez, pas plus tard qu'hier, j'ai vu une foultitude de jeunes filles bobos du Marais se balader avec un jean un peu large, très retroussé, des mocasssins énormes qui vous font des pieds de canard, le but étant de laisser absolument voir les chevilles. Autant dire que l'effet est celui de gambettes à la Bozo le clown, il ne leur manquerait plus qu'un gros nez rouge et un maquillage blafard (et franchement je n'aimerais pas, je suis terrifiée par les clowns, mais ça, c'est un autre sujet...).
Outre le côté proprement social de cette pratique, qui semble définitivement être en phase de devenir l'ultime effet de style "fashion" de cet été, permettez moi de dire que c'est franchement hideux. On me dira que mon avis est subjectif, mais j'ai beau essayer de voir de la beauté dans les chevilles à l'air façon Bozo, non décidément, je n'y parviens pas.

Oh, il ne faut pas croire que je méprise la mode, bien au contraire. Comme toute fille normalement constituée qui se respecte, je suis dingue de shopping. Seulement, il y existe dans ce bas monde des fringues que je ne comprends pas.
Ne croyez pas que je n'essaie pas: parfois je me mets même dans la peau de mes congénères du 4ème arrondissement pour voir "comment ça fait" quand on vit comme si on était une star de ciné.
Le sac porté sur le coin du coude par exemple. Vous savez, cette façon qu'elles ont de le tenir avec l'avant bras replié en avant et la main qui pend avec désinvolture ou la paume tournée vers le ciel. Eh bien, j'ai essayé. Et, on peut me dire que c'est hyper fashion et tout ce que vous voulez, mais ça fait super mal. Peut-être que c'est parce-que,dans mon sac, il y beaucoup de choses telles que mon Ipaude classique, des crayons à dessin, mes clefs de la taille d'une orange shootée aux OGM, un bouquin, mon portefeuille assez proéminent, le portable, mais honnêtement... quel genre de fille se balade avec le strict minimum, clefs, carte Imaginaire, portable et à la rigueur Ipaude nano?

Un autre article qui, apparemment, ne décède pas, sorti tout droit des années 80 (ah ça aussi, il faudra en reparler, tricky issue...) c'est le legging. Je pense en particulier à ma cousine sur ce point qui, je le sais, partage ma position (ma cousine, bien sûr, pas le point). Combien d'heures avons-nous passées à fustiger le legging, cette chose informe qu'on met à toutes les sauces, comme si une fille n'avait rien d'autre dans ses accessoires que ce pathétique morceau de tissu collant aux fesses... Et le short par dessus le collant en hiver aussi, parlons-en!! Mais qui a vu moins classe et moins esthétique?
Si je m'étends ainsi, c'est parce que je trouve que ces coutumes représentent l'antithèse de la classe et du chic. A voir ces jeunes filles se balader dans la rue, ballerines pointues aux pieds, sacs clinquants à la main, et slims trop serrées pour elle, Audrey Hepburn se retournerait dans sa tombe!

Parce que, le problème inavouable qui m'accable est le suivant: j'aime la mode. Un peu comme une amie agaçante qu'on apprécie et qu'on déteste à la fois à force de l'avoir trop vue, elle me fascine tout comme elle m'insupporte.
J'aime regarder les longues robes des actrices dans Glamour ou Elle, j'adorerais voir un défilé de Dior ou de Christian Lacroix, et leur pouvoir de création m'intéresse. J'avais même pensé devenir styliste à un moment.
Dans les boutiques, j'aime trouver la perle rare, LA fringue sortant un peu de l'ordinaire.
Et avec la mode, on est parfois devenues copines, non sans une certaine honte: je me suis mise à adorer les converses alors que je crachais dessus, à porter des jeans plus serrés que je trouvais avant hideux... La mode a parfois vaincu, et lorsque que ce fut arrivé, elle me jetait des sourires narquois et riait sous cape.

Alors qui sait, peut-être qu'un jour je porterai des leggins ou des escarpins à bouts pointus, mais aujourd'hui, l'esprit rebelle et rock n roll de l'anti-convention me hurle:

C'est pas demain la veille!

Please allow me to introduce myself...

... Contrairement aux douces paroles fredonnées par notre acolyte Briton Mr Jagger, je ne suis pas un individu de sexe mâle.
Cette courte phrase d'accroche, destinée à attirer l'attention du lecteur, comme on nous l'a si bien appris en prépa, n'a pour autre but que de pimenter une introduction ô combien conventionnelle.

Arrêt sur image. A quelques lignes du début de la fin (ou de la fin du début, rayez la mention inutile), je suis fichée, par les Stones d'une part, et par ce qu'en France nous appelons communément les classes préparatoires, en parallèle du système universitaire.

Soit. Et pourtant, le bouton est sur play, pas de retour en arrière possible. Analysons, décodons, cherchons.

Pourquoi un blog?
Non sans écarter le volet irrémédiablement narcissique de l'histoire, je dois avouer avec une certaine honte que l'époque du blog de mes quinze ans me manque. Certes, je pense que relire les articles me ferait aujourd'hui doucement rire -Dieu merci, il est supprimé- mais, voyez-vous, le besoin de s'exprimer reste tout de même assez jouissif.
Et puis, sans non plus me prendre pour une écrivain sur le devenir, et pour oublier ce roman que je tente désespéremment d'achever, l'art de combiner les mots, ces charmantes unités lexicales qui résonnent de façon si particulière à nos oreilles, m'enchante.
Nulle prétention littéraire donc, juste une envie de tapoter négligemment sur le clavier pour créer un petit work in progress.


De quoi ça s'agit?
De pas mal de trucs en fait. De la vie, de ce qui m'émeut, me charme, m'agace, m'ennuie, me fait rire... des coups de coeur, des coups de gueule, oeil pour oeil, dent pour dent.
D'où le titre du blog: sans prétendre à vouloir tout déchiffrer dans ce fleuve qu'on appelle la vie, qui est tout sauf long et tranquille, c'est plutôt un mode d'emploi afin de cartographier les recoins de cette chose complètement bordélique que sont mon esprit et mes passions. Souvenez-vous, si jamais vous avez vu ou lu Peter Pan, de la mère qui, au moment du coucher, explore l'esprit de ses enfants pour effacer les éléments qui y sont entrés mais qui devraient en sortir, pour retrouver quelques pépites, certains bribes de rêves ou de conversations... eh bien c'est à peu près cela.
"La vie en rock" promeut un concept cher à mon coeur: passer ses jours et agir selon une certaine philosophie, saisir le moment, à l'instar des vers de Robert Herrick:
Gather ye rose-buds while ye may
Old time is still a-flying
But this same rose that smiles today
To-morrow will be dying
On y parlera donc humour, événementiel, anecdotique, mais surtout arts: littérature, musique, cinéma, peinture, parce que sans eux, le mode d'emploi décrit plus haut serait bien triste.

Comment ça marche?
Question idiote, mais réponse peu aisée à donner. Lucinda (oui, Lucinda, MeggySue ou Tink, c'est selon la personne que j'ai en face) on l'aura compris, c'est mézigue. Eh bien c'est plutôt simple, Lucinda marche quand on appuie sur "Lecture". Je dis lecture parce que pour une fois, je préfère l'appellation française qui fonctionne par analogie avec cette activité fatigante pour les yeux mais stimulante pour l'imagination.
J'aime assez l'idée qu'on puisse me lire comme un dévédé.

Bon, "tresse de plaisanteries", comme dirait une amie. j'en ai assez dit, les meilleures entrées en matières ne sont pas forcément les plus longues. Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter
And aLl thAt JaZz