mercredi 14 avril 2010

'Pre-Raphaelite Art in the Victoria and Albert Hall Museum'

POur ceux qui ne le savent pas et que je n'ai pas encore soulés avec le sujet, laissez-moi vous dire que, depuis le début de l'année, je dois rédiger un mémoire. La phase actuelle est moins draule -il s'agit de me commencer la rédaction- mais ce n'est pas le propos du jour. J'ai décidé, depuis quelques temps déjà, de me consacrer aux Pré-Raphaélites. Un article viendra sur cette fascinante école d'art anglaise du 19ème siècle, mais aujourd'hui, je voulais vous parler du dernier livre que j'ai lu à leur sujet, trouvé dans une sympathique librairie londonienne.

Comme son nom l'indique, Pre-Raphaelite Art in the Victoria and Albert Hall Museum est une étude sur les collections du musée, qui vont d'ailleurs bien au-delà des quelques meubles ou tapisseries que j'ai pu admirer au V&A. On disserte donc sur la peinture Pré-Raphaélite mais aussi sur les vitraux, les tapisseries, le mobilier...
L'oeuvre n'est peut-être pas la plus exhaustive que j'ai croisée, mais elle a le mérite d'être claire, concise, bien écrite (je bénis ces anglais qui, contrairement à leur congénères universitaires français, ne recherchent pas la complexité lorsqu'il s'agit de traiter des sujets théoriques) et POUR UNE FOIS, nous n'avons pas des pages et des pages qui concernent les histoires de fesses des artistes, certes passionnantes mais guère utiles pour l'analyse proprement artistique.
Ce qui est d'ailleurs remarquable avec Suzanne Fagent Cooper, c'est l'objectivité de ses analyses, contrairement à un Timothy Hilton ou à un Tim Barringer. De manière générale, j'ai l'impression que cette neutralité caractérise les femmes qui abordent le sujet, si on exclue bien sûr les études ultra féministes, revendicatrices et finalement pauvres de Pamela Gerrish Nunn et Jan Marsh.

Le livre de Ms Fagent Cooper s'organise donc en grands thèmes, comme la Religion, la Littérature et les Légendes, les Femmes et la Sexualité, le Réalisme, la Musique en s'attachant toutefois à décrire les traits distinctifs des oeuvres de la deuxième génération de Pre-Raphaélites, menée par Rossetti et Burne-Jones. Même si j'ai trouvé qu'elle forçait un peu le trait sur ce dernier, et si elle en parle un peu trop à mon goût, les analyses précises d'oeuvres sont fouillées et extrêmement riches, tant du point de vue de la forme et de la technique employée que des thèmes et de l'interprétation.
Ce que j'ai trouvé le plus intéressant, c'est les chapitres sur les Légendes, la Littérature et les Femmes, ce qui tombe bien puisque c'est sur ces thèmes que je veux travailler dans mon mémoire. Son étude sur la sexualité et la représentation des femmes fait preuve d'une remarquable lucidité, contrairement à cette foule de critiques qui ne font que porter un regard mêlé de crainte et d'admiration.

Finalement, Suzanne Fagent Cooper réussit tout à fait à recréer l'impression qui se dégage lorsque le spectateur se trouve face à l'art Pré-Raphaelite: une impression de "raffinement", de "délicatesse", comme se plaisait à le montrer Oscar Wilde.
je conseille donc ce livre pour tous les amateurs d'art Victorien, mais sachant qu'il faut tout de même connaître un minimum l'histoire de La Confrérie Pre-Raphaélite pour pouvoir apprécier la prose de cet auteure.

mardi 6 avril 2010

'Alice in Wonderland' Tim Burton





"What is the difference between a raven and a writing desk?" demande the Mad Hatter à Alice tout au long du film. OUtre le fait que le Chapelier ne réponde malheureusement pas à la devinette (contrairement à ce que fait Lewis Carroll en exergue de Through the Looking Glass ) le film de Tim Burton se résume globalement à l'adjectif suivant: décevant.

Je ne m'étendrai pas sur des lignes par rapport à cette espèce d'obession qu'on a pour la 3D parce que j'ai moi-même, pendant la séance, chaussé mes lunettes rouges et vertes. J'ajouterais juste que voir cette déferlante d'affiches affublées du logo 3D commence à sérieusement me casser les bonbons. Mais là n'est pas le sujet, puisque j'ai trouvé que la 3D était plutôt bien exploitée. Certes, elle affadit les couleurs mais cela correspond bien à l'univers sombre de Mr Burton, et pour une fois, (mais contrairement à mes cousines) je ne suis pas sortie de la salle en ayant une envie irrésistible de me mettre la tête dans les toilettes.
Alors, je le conçois, graphiquement c'est sublime. Un univers ô combien Burtonien, avec des costumes excentriques, la robe orgasmique que Alice enfile lorsqu'elle est chez la Reine Rouge, un Chapelier haut en couleurs...

Seulement... voilà, c'est ça le problème, c'est qu'il existe un "seulement". Un beau décor ne fait pas tout. Allez savoir pourquoi Tim a voulu à tout prix transposer le monde de Carroll 10 après, au moment où Alice est en âge de se marier. Allez savoir pourquoi ce monde, d'habitude si drôle, si loufoque et si ambigü, devient un univers complètement manichéen, avec les pions blancs d'un côté, et les cartes rouges de l'autre. Tim est connu, normalement, pour ses films étranges, dépourvus de morale, qui explorent les recoins les plus sombres de la conscience et des peurs enfantines. On aurait pu penser que les oeuvres de Lewis Carroll correspondraient bien au génie fou de Burton. Eh oui, chers spectateurs, ce film aurait pu être une tuerie.
Au lieu de celà, on nous sert un sur Narnia (parce que quand même, Tim Burton est au dessus de la merde pour gosses) où Alice se transforme en héroïne qui doit combattre la méchante Reine Rouge. Non seulement c'est l'antithèse de l'esprit de Carroll, mais en plus Tim amalgame avec maladresse la Reine de Coeur de Alice à la Reine Rouge de l'échiquer du deuxième opus. Il en résulte un film brouillon, avec beaucoup de longueurs.
De manière générale, les références Carrolliennes sont très mal intégrées, surtout lorsque Alice n'est pas encore tombée dans le terrier. Comme le moment où elle remarque une chenille sur l'épaule de sa pseudo belle mère...

Le pire, c'est la recréation de la société victorienne, de ses règles et ses coutumes. On dirait une sous adaptation de Jane Austen pour la BBC. Que voulez vous, Tim a beau essayer, la sauce ne prend vraiment pas. Je ne m'étendrai pas sur le ridicule de Tweedledee et Tweedledum, sur l'absence totale d'humour, de peur de fustiger ce réalisateur que j'aim(ais) tant.
Dieu merci, Helena Bonham Carter et Johnny Depp rattrapent quelque peu l'affaire, je dois admettre que le Chapelier est tout de même très bon. C'est du pur Depp, il abandonné les mimiques insupportables héritées de Jack Sparrow qu'on retrouvait dans Sweeney Todd, et Helena est jouissive en Reine insupportable et colérique.
L'actrice qui interprête Alice n'est pas mal, sauf au début où elle passe son temps à essayer de se réveiller.
Mais le problème, c'est que c'est à peu près tout. Payez vous une bonne tranche de marrade, si, comme mes cousines et moi, vous aviez envie de vous pisser dessus de rire à la moindre apparition des yeux de crapaud de Anne Hathaway. Le pire, c'est que je ne sais même pas si Burton s'est rendu compte de son jeu affligeant et de ses bras constamment en l'air qu'on veut couper pour la faire ressembler à la Venus de Milo. Quant à son château, il est labellisé Barbie Puissance Mille.
Enfin, le côté effrayant de l'oeuvre de Carroll est totalement neutralisé. Si le Jabberwocky surprend par sa qualité graphique, dès qu'il ouvre la bouche, vous avez envie de pleurer à cause de la stupidité des mots prononcés.

On peut trouver mille explications à ces ratés, mais je crois que tout simplement, l'univers très (trop) British de Carroll ne convient pas à Burton, et c'est pour cela que la société Victorienne dépeinte est dépourvue de toute once de réalité. A vouloir trop faire original, on s'est éloigné des extraordinaires dessins de John Tenniel qui sont rentrés dans la conscience littéraire, ou de, plus tard, de la patte féerique de Arthur Rackham. Et pour me consoler, j'aurais envie de revoir le Alice Disney qui reste la meilleure adaptation du livre, quoi qu'on en dise. Même si Burton a détesté ce dessin animé, et même si pour l'instant, la personne a laquelle je pense quand je vois la scène du thé est à des kilomètres. Eh oui, ce Alice là a au moins le mérite de provoquer des réactions de démence incontrôlée chez moi, d'avoir envie de hurler des expressions typiquement nonsense telles que "LE TEMPS QU'EST CE QUE LE TEMPS?", "UN MONNNNSTRE" et autres "peignons les roses en rouge". Et si vous faîtes attention, certains dialogues sont repris tels quels.

Cela m'inquiète. Parce que Tim est sur une mauvaise pente. Peut etre que la vie de famille le rend niais et le plonge dans un océan de guimauve, mais il n'a produit aucun chef d'oeuvre depuis Big Fish. On me répliquera qu'il y a eu Corpse Bride et Charlie et la Chocolaterie. Certes, mais ces films n'ont ni l'émotion de Big Fish, ni la force visuelle de Sleepy Hollow, ni l'humour de Beetlejuice. Mr Burton, revenez-nous!!!

samedi 3 avril 2010

Kitty, Daisy and Lewis au Café de la Danse


Salle noire, fosse minuscule, sièges rouges. Lumières plutôt tamisées. La première partie? du folk à tendance masturbation intellectuelle, sauf pour les moments un peu dansants du groupe. Mais une musique somme toute assez impersonnelle, et, de toutes manières, je n'écoute pas avec attention les groupes de premières parties lorsque je vais voir un artiste qui me plaît. L'avantage c'est que nous sommes vraiment tous prêts de la scène.
Vers les environs de 21 heures, Kitty, Daisy, Lewis et leurs parents pointent le bout de leur nez sur scène. Dès leur entrée, le "la" est donné: cheveux gominés, costume façon Carry Grant pour Lewis, robe rouge satinée pour Daisy, tandis que Kitty arbore une robe à fleurs et des petites ballerines pour être plus à l'aise.

***Bon ce que j'ai moins aimé, c'est de me retrouver à côté d'une certaine personne qui, en plus de m'être antipathique, est photographe de concert. je profite de cette parenthèse pour faire une petite digression sur cette communauté étrange et si particulière que sont les photographes de concert. Outre le fait que je les déteste cordialement lorsqu'il arborent fièrement leur pass backstage, leur attitude m'insupporte. Oui, toi, pauvre petit spectateur insignifiant, je te pousse sans remords, sans prendre la peine de dire pardon, parce que, vois tu, je dois prendre une photo et que mon gros engin me donne tous les droits. Voilà, c'est à peu près le genre de comportements que j'assimile au summum de la grossièreté. La digression de la nana aigrie est finie. ***

Kitty et Daisy entament leur set en chantant a cappella ("whap bham boom, that's what the song is all about"), à l'instar de tous leurs concerts. Je redoutais donc une pâle copie du show que le groupe nous avait servi à Rock-en-Seine, mais j'étais loin de me douter de ce qui allait se passer. En réalité, le concert a dépassé toutes mes attentes. Toute la famille Durham est réunie au grand complet et nous délivre un set de une heure trente. Trop court, dira l'afficionado des foules et de la musique live? Peut-être mais avec un seul album à leur actif pour l'instant, c'était compréhensible.
Les chansons s'enchaînent, telles "Mean Son of a Gun", "Polly Put the Kettle On", ou encore "Honolulu rock a rolla". Même si la fratrie Durham alterne derrière chaque instrument, des tendances se dégagent: ainsi Daisy, le rythme dans la peau, excelle à la batterie, Kitty à la guitare et l'harmonica, Lewis aux claviers. Quel swing, quel rythme!
Dans la salle, ça twiste à tout va, l'ambiance est survoltée, quelque chose que je croyais peu semblable pour un aussi petit groupe. Le public est très chaud, ça danse, on aurait presque envie de faire du rock acrobatique!
Et tout d'un coup, nous nous rendons compte que Kitty Daisy and Lewis nous emmènent dans un incroyable voyage spatio-temporel. Nous ne sommes plus en 2010, dans une petite salle parisienne d'avant-garde. Non, nous nous retrouvons en 1950, dans une Amérique d'après-guerre qui respire la joie de vivre et les débuts du rock'n'roll.

Les meilleurs moments restèrent tout de même les traditionnels "Going up the Country" et "Hold me Tight". Comme à Rock-en-Seine, un "special guest" monte sur scène, le même black à la trompette (dont j'ai complètement oublié le nom), certes bon mais qui soule un peu à force de "yeah yeah yeah" à faire répéter au public.
Qu'importe. Après la fausse sortie en coulisses, le groupe revient pour un final absolument détonnant, pour interprèter majoritairement des morceaux dépourvus de paroles. Kitty et Lewis en particulier se livrent à une démonstration de conversation musicale: Lewis fait parler son clavier, auquel Kitty répond par des accords de guitare qui reprennent la même ligne de notes. Et, sur la toute fin, la petite dernière de la fratrie Durham nous envoie un sublime solo d'harmonica, tant et si bien que la benjamine est toute essoufflée.

Kitty Daisy and Lewis, ce n'est donc pas seulement un petit groupe londonien aux compositions enjouées, aux reprises rockabilly qui tente un faible revival fifties. Kitty Daisy and Lewis, c'est toute une attitude, une façon de vivre ô combien rétro pour nous montrer que non seulement le bon rock a existé avant les Beatles, mais aussi que les jeunes d'aujourd'hui sont capables d'intégrer des influences lointaines et qu'on peut twister sans vouloir à tout prix jouer la carte de la modernité.