samedi 3 avril 2010

Kitty, Daisy and Lewis au Café de la Danse


Salle noire, fosse minuscule, sièges rouges. Lumières plutôt tamisées. La première partie? du folk à tendance masturbation intellectuelle, sauf pour les moments un peu dansants du groupe. Mais une musique somme toute assez impersonnelle, et, de toutes manières, je n'écoute pas avec attention les groupes de premières parties lorsque je vais voir un artiste qui me plaît. L'avantage c'est que nous sommes vraiment tous prêts de la scène.
Vers les environs de 21 heures, Kitty, Daisy, Lewis et leurs parents pointent le bout de leur nez sur scène. Dès leur entrée, le "la" est donné: cheveux gominés, costume façon Carry Grant pour Lewis, robe rouge satinée pour Daisy, tandis que Kitty arbore une robe à fleurs et des petites ballerines pour être plus à l'aise.

***Bon ce que j'ai moins aimé, c'est de me retrouver à côté d'une certaine personne qui, en plus de m'être antipathique, est photographe de concert. je profite de cette parenthèse pour faire une petite digression sur cette communauté étrange et si particulière que sont les photographes de concert. Outre le fait que je les déteste cordialement lorsqu'il arborent fièrement leur pass backstage, leur attitude m'insupporte. Oui, toi, pauvre petit spectateur insignifiant, je te pousse sans remords, sans prendre la peine de dire pardon, parce que, vois tu, je dois prendre une photo et que mon gros engin me donne tous les droits. Voilà, c'est à peu près le genre de comportements que j'assimile au summum de la grossièreté. La digression de la nana aigrie est finie. ***

Kitty et Daisy entament leur set en chantant a cappella ("whap bham boom, that's what the song is all about"), à l'instar de tous leurs concerts. Je redoutais donc une pâle copie du show que le groupe nous avait servi à Rock-en-Seine, mais j'étais loin de me douter de ce qui allait se passer. En réalité, le concert a dépassé toutes mes attentes. Toute la famille Durham est réunie au grand complet et nous délivre un set de une heure trente. Trop court, dira l'afficionado des foules et de la musique live? Peut-être mais avec un seul album à leur actif pour l'instant, c'était compréhensible.
Les chansons s'enchaînent, telles "Mean Son of a Gun", "Polly Put the Kettle On", ou encore "Honolulu rock a rolla". Même si la fratrie Durham alterne derrière chaque instrument, des tendances se dégagent: ainsi Daisy, le rythme dans la peau, excelle à la batterie, Kitty à la guitare et l'harmonica, Lewis aux claviers. Quel swing, quel rythme!
Dans la salle, ça twiste à tout va, l'ambiance est survoltée, quelque chose que je croyais peu semblable pour un aussi petit groupe. Le public est très chaud, ça danse, on aurait presque envie de faire du rock acrobatique!
Et tout d'un coup, nous nous rendons compte que Kitty Daisy and Lewis nous emmènent dans un incroyable voyage spatio-temporel. Nous ne sommes plus en 2010, dans une petite salle parisienne d'avant-garde. Non, nous nous retrouvons en 1950, dans une Amérique d'après-guerre qui respire la joie de vivre et les débuts du rock'n'roll.

Les meilleurs moments restèrent tout de même les traditionnels "Going up the Country" et "Hold me Tight". Comme à Rock-en-Seine, un "special guest" monte sur scène, le même black à la trompette (dont j'ai complètement oublié le nom), certes bon mais qui soule un peu à force de "yeah yeah yeah" à faire répéter au public.
Qu'importe. Après la fausse sortie en coulisses, le groupe revient pour un final absolument détonnant, pour interprèter majoritairement des morceaux dépourvus de paroles. Kitty et Lewis en particulier se livrent à une démonstration de conversation musicale: Lewis fait parler son clavier, auquel Kitty répond par des accords de guitare qui reprennent la même ligne de notes. Et, sur la toute fin, la petite dernière de la fratrie Durham nous envoie un sublime solo d'harmonica, tant et si bien que la benjamine est toute essoufflée.

Kitty Daisy and Lewis, ce n'est donc pas seulement un petit groupe londonien aux compositions enjouées, aux reprises rockabilly qui tente un faible revival fifties. Kitty Daisy and Lewis, c'est toute une attitude, une façon de vivre ô combien rétro pour nous montrer que non seulement le bon rock a existé avant les Beatles, mais aussi que les jeunes d'aujourd'hui sont capables d'intégrer des influences lointaines et qu'on peut twister sans vouloir à tout prix jouer la carte de la modernité.


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