mardi 6 avril 2010

'Alice in Wonderland' Tim Burton





"What is the difference between a raven and a writing desk?" demande the Mad Hatter à Alice tout au long du film. OUtre le fait que le Chapelier ne réponde malheureusement pas à la devinette (contrairement à ce que fait Lewis Carroll en exergue de Through the Looking Glass ) le film de Tim Burton se résume globalement à l'adjectif suivant: décevant.

Je ne m'étendrai pas sur des lignes par rapport à cette espèce d'obession qu'on a pour la 3D parce que j'ai moi-même, pendant la séance, chaussé mes lunettes rouges et vertes. J'ajouterais juste que voir cette déferlante d'affiches affublées du logo 3D commence à sérieusement me casser les bonbons. Mais là n'est pas le sujet, puisque j'ai trouvé que la 3D était plutôt bien exploitée. Certes, elle affadit les couleurs mais cela correspond bien à l'univers sombre de Mr Burton, et pour une fois, (mais contrairement à mes cousines) je ne suis pas sortie de la salle en ayant une envie irrésistible de me mettre la tête dans les toilettes.
Alors, je le conçois, graphiquement c'est sublime. Un univers ô combien Burtonien, avec des costumes excentriques, la robe orgasmique que Alice enfile lorsqu'elle est chez la Reine Rouge, un Chapelier haut en couleurs...

Seulement... voilà, c'est ça le problème, c'est qu'il existe un "seulement". Un beau décor ne fait pas tout. Allez savoir pourquoi Tim a voulu à tout prix transposer le monde de Carroll 10 après, au moment où Alice est en âge de se marier. Allez savoir pourquoi ce monde, d'habitude si drôle, si loufoque et si ambigü, devient un univers complètement manichéen, avec les pions blancs d'un côté, et les cartes rouges de l'autre. Tim est connu, normalement, pour ses films étranges, dépourvus de morale, qui explorent les recoins les plus sombres de la conscience et des peurs enfantines. On aurait pu penser que les oeuvres de Lewis Carroll correspondraient bien au génie fou de Burton. Eh oui, chers spectateurs, ce film aurait pu être une tuerie.
Au lieu de celà, on nous sert un sur Narnia (parce que quand même, Tim Burton est au dessus de la merde pour gosses) où Alice se transforme en héroïne qui doit combattre la méchante Reine Rouge. Non seulement c'est l'antithèse de l'esprit de Carroll, mais en plus Tim amalgame avec maladresse la Reine de Coeur de Alice à la Reine Rouge de l'échiquer du deuxième opus. Il en résulte un film brouillon, avec beaucoup de longueurs.
De manière générale, les références Carrolliennes sont très mal intégrées, surtout lorsque Alice n'est pas encore tombée dans le terrier. Comme le moment où elle remarque une chenille sur l'épaule de sa pseudo belle mère...

Le pire, c'est la recréation de la société victorienne, de ses règles et ses coutumes. On dirait une sous adaptation de Jane Austen pour la BBC. Que voulez vous, Tim a beau essayer, la sauce ne prend vraiment pas. Je ne m'étendrai pas sur le ridicule de Tweedledee et Tweedledum, sur l'absence totale d'humour, de peur de fustiger ce réalisateur que j'aim(ais) tant.
Dieu merci, Helena Bonham Carter et Johnny Depp rattrapent quelque peu l'affaire, je dois admettre que le Chapelier est tout de même très bon. C'est du pur Depp, il abandonné les mimiques insupportables héritées de Jack Sparrow qu'on retrouvait dans Sweeney Todd, et Helena est jouissive en Reine insupportable et colérique.
L'actrice qui interprête Alice n'est pas mal, sauf au début où elle passe son temps à essayer de se réveiller.
Mais le problème, c'est que c'est à peu près tout. Payez vous une bonne tranche de marrade, si, comme mes cousines et moi, vous aviez envie de vous pisser dessus de rire à la moindre apparition des yeux de crapaud de Anne Hathaway. Le pire, c'est que je ne sais même pas si Burton s'est rendu compte de son jeu affligeant et de ses bras constamment en l'air qu'on veut couper pour la faire ressembler à la Venus de Milo. Quant à son château, il est labellisé Barbie Puissance Mille.
Enfin, le côté effrayant de l'oeuvre de Carroll est totalement neutralisé. Si le Jabberwocky surprend par sa qualité graphique, dès qu'il ouvre la bouche, vous avez envie de pleurer à cause de la stupidité des mots prononcés.

On peut trouver mille explications à ces ratés, mais je crois que tout simplement, l'univers très (trop) British de Carroll ne convient pas à Burton, et c'est pour cela que la société Victorienne dépeinte est dépourvue de toute once de réalité. A vouloir trop faire original, on s'est éloigné des extraordinaires dessins de John Tenniel qui sont rentrés dans la conscience littéraire, ou de, plus tard, de la patte féerique de Arthur Rackham. Et pour me consoler, j'aurais envie de revoir le Alice Disney qui reste la meilleure adaptation du livre, quoi qu'on en dise. Même si Burton a détesté ce dessin animé, et même si pour l'instant, la personne a laquelle je pense quand je vois la scène du thé est à des kilomètres. Eh oui, ce Alice là a au moins le mérite de provoquer des réactions de démence incontrôlée chez moi, d'avoir envie de hurler des expressions typiquement nonsense telles que "LE TEMPS QU'EST CE QUE LE TEMPS?", "UN MONNNNSTRE" et autres "peignons les roses en rouge". Et si vous faîtes attention, certains dialogues sont repris tels quels.

Cela m'inquiète. Parce que Tim est sur une mauvaise pente. Peut etre que la vie de famille le rend niais et le plonge dans un océan de guimauve, mais il n'a produit aucun chef d'oeuvre depuis Big Fish. On me répliquera qu'il y a eu Corpse Bride et Charlie et la Chocolaterie. Certes, mais ces films n'ont ni l'émotion de Big Fish, ni la force visuelle de Sleepy Hollow, ni l'humour de Beetlejuice. Mr Burton, revenez-nous!!!

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